Quatre économistes indépendants avaient été sollicités au printemps pour réfléchir aux enjeux des finances publiques à l'horizon 2030 et plancher sur des scénarios de redressement.
(illustration) ( AFP / JOEL SAGET )
Deux mois après avoir lancé leurs travaux "sur la transparence des finances publiques" à l'horizon 2027-2030, les quatre économistes missionnés par le gouvernement ont présenté leurs conclusions mercredi 15 juilllet : quelque 126 milliards d'euros d'efforts seraient nécessaires d'ici à 2032, à commencer impérativement dès 2027, pour stabiliser le taux de dette publique en France.
Un déficit vers les 6% du PIB en 2027 si rien ne change
A politique inchangée, ont-ils indiqué, le déficit public, loin de repasser sous les 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2029, comme promis par la France à Bruxelles, passerait de 5% du PIB prévu par le gouvernement cette année - chiffre dont le ministre de l'Economie Roland Lescure a déjà prévenu que ce serait "difficile à atteindre" en raison du coût de la guerre au Moyen-Orient - à 5,9% l'an prochain et 6,8% en 2030.
La dette pour sa part passerait de 118,4% du PIB attendus en 2026 à 121,4% en 2027, et 130,5% en 2030, estiment dans leur rapport Xavier Ragot (président de l'Observatoire français des conjonctures économiques), Jean-Luc Tavernier (Inspection générale des Finances, ex-directeur général de l'Insee de 2012 à 2025), Xavier Jaravel (président délégué du Conseil d'analyse économique) et Natacha Valla (doyenne de l'Ecole du management de Sciences-po).
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En 2027, le déficit serait "fortement" creusé sous l'effet à la fois de l'augmentation de la charge des intérêts de la dette, de la montée en charge de la loi de programmation militaire et de la fin de la surtaxe d'impôts sur les sociétés versée depuis l'an dernier par les très grandes entreprises, à raison d'environ 8 milliards d'euros par an, estiment-ils.
Dans les années suivantes, l'augmentation du déficit serait essentiellement alimentée par le seul accroissement des charges d'intérêt de la dette.
Le "coût de l'inaction" serait "rédhibitoire"
La mission préconise un ajustement budgétaire "soutenu dans la durée", mobilisant "les trois leviers" classiques : économies dans les dépenses publiques, hausses des recettes et relèvement du potentiel de croissance. "L’effort devra être partagé, écrivent-ils, et il serait illusoire de penser, compte tenu des montants en jeu, qu’il pourrait être concentré sur certaines catégories seulement de la population". Ils insistent : "la volonté politique sera une condition clef de la réussite de l’ajustement, et ce dès 2027", année électorale majeure mais au cours de laquelle "le coût de l'inaction" serait "rédhibitoire".
Les nuances du "payer pour les autres"
Le rapport pointe en outre un décalage entre la perception du système de redistribution par les Français et sa réalité. "La disposition d’esprit consistant à souhaiter en même temps plus de dépense publique et moins d’impôts n’est pas spécifique à la France, mais l’incapacité à surmonter ce hiatus nous distingue particulièrement", estiment ainsi les auteurs de l'enquête, qui jugent que "la méconnaissance par les citoyens de ce qu’ils reçoivent par rapport à leur contribution participe de ce mécanisme".
"Une très grande majorité des Français pensent contribuer plus au système qu’ils n’en bénéficient, estimant en quelque sorte 'qu’ils paient pour les autres' alors que les travaux statistiques récents montrent à l’inverse qu’une majorité (57 %) bénéficient plus de la redistribution qu’ils n’y contribuent", abonde encore le rapport.
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